Montagnes Russes / Roller Coaster

Cet article est une collaboration spéciale avec VÉRONIQUE BOUDREAULT, ancienne skieuse de fond et maintenant DOCTEURE EN PSYCHOLOGIE SPORTIVE, intervenante identifiée en préparation mentale avec Excellence Sportive Québec Lévis.

Note : le masculin est employé ici dans le but d’alléger le texte.

La mère d’un champion du monde racontait qu’après avoir vu son fils raté d’une position une médaille olympique elle s’était dit rassurée : « au moins il échappera à la dépression post olympique ». Le syndrome des athlètes qui vivent des symptômes s’apparentant à un burnout ou à un état dépressif est bien documenté dans les médias, surtout auprès des athlètes au retour des Jeux olympiques, d’où son appellation populaire : post-olympic blues (Florio & Shapiro, 2016; Howells, 2016; Pendleton, 2016). Dans les faits, peu importe si on remporte ou non une médaille, les post-olympic blues touchent la majorité des athlètes, et pas seulement ceux qui participent aux Jeux olympiques.

Être un athlète, c’est une carrière à temps plein (avec beaucoup d’overtime). Les sacrifices sont nombreux et parfois difficiles, mais l’intensité ressentie est indescriptible. À la suite d’une compétition marquante, l’atteinte d’une étape importante ou même l’entre-deux saisons, il est normal de ressentir une variété d’émotions comme le sentiment de vide, de la nostalgie, une humeur morose et une baisse de motivation. Ces symptômes sont généralement temporaires, d’intensité variable et apparaissent périodiquement.

Il existe différentes explications pour expliquer le phénomène, et c’est souvent l’interaction entre plusieurs facteurs qui permet de bien comprendre le phénomène des blues post-olympique (Howells & Lucassen, 2018). D’abord, sous l’angle des ressources physiologiques, il faut reconnaître que le corps humain n’est pas une machine. Lorsque les systèmes physiologiques sont grandement sollicités durant une période, les ressources s’épuisent et c’est souvent dans les moments de pause que la fatigue se fait sentir. Physiquement, on ressent plus de fatigue, ce qui a nécessairement un impact sur notre humeur et notre motivation. Ensuite, sous l’angle des processus cognitifs, notre système cognitif, celui qui régule l’attention, la concentration, les pensées et les émotions, est un système dont les ressources sont également limitées. Le système d’auto-régulation cognitif est particulièrement sollicité chez les athlètes, surtout dans les moments importants où toute l’attention et la concentration est dirigée vers la gestion de soi pour performer. Lors d’une période de repos, ou après un événement sportif important, le système d’auto-régulation de nos ressources cognitives peut se retrouver en déficit. C’est alors le côté davantage émotionnel, intuitif et inconscient, qui ne requiert pas d’efforts conscients, qui prend le relai. On se sent alors plus les nerfs à vifs, plus émotifs ou moins motivé. À l’interaction entre la fatigue physique et cognitive, ajoutons une déception de ne pas avoir atteints nos objectifs, un sentiment de solitude, ou la nostalgie, et on se retrouve avec un risque important de vivre le syndrome des blues post-olympiques.

Le phénomène étant normal et même inévitable, le problème réel n’est pas le sentiment de vide ressenti, l’humeur morose ou la baisse de motivation, mais plutôt notre réaction face à ses émotions. En effet, les athlètes ont tendance à croire que ce qu’ils vivent n’est pas normal et qu’ils ne devraient pas se sentir comme ça. Cet état ne correspond pas à l’image de l’athlète performant, optimiste et résilient. La réaction spontanée face à cette situation est alors de se culpabiliser ou d’essayer de changer notre humeur, mais sans grand succès. Cette attitude contre-productive se résume à lutter contre soi-même plutôt qu’accepter que ce l’on vit est tout à fait normal et probablement passager. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas prendre un moment pour s’arrêter et prendre conscience de ce qu’on ressent. Si on réagit ainsi, c’est pour une bonne raison. Notre corps et notre tête nous envoient des signes et il est temps de l’écouter. Si la récupération physique est enfin reconnue pour être fondamentale si on veut bien performer, il en va de même pour la récupération psychologique. Enfin, athlète ou pas, soulignons que dans le cours d’une vie normale, il est tout à fait normal de connaître une fluctuation de notre humeur.

La solution réside alors dans l’acceptation (Gardner & Moore, 2004; Hayes, 2012). Accepter ça ne veut pas dire de se résigner, mais plutôt de reconnaître que nous ne pouvons pas toujours être en parfait contrôle de nous-mêmes. Cela implique de choisir consciemment que malgré le grand inconfort ressenti, je ne vais pas juger cet inconfort, je vais être patient et je vais prendre des moyens, à mon rythme, pour reprendre du mieux. Ça peut être un bon moment pour parler à des gens proches de soi, ou écrire dans un journal ce qu’on ressent. Exprimer ce qu’on ressent permet généralement de se valider soi-même, de normaliser et parfois de se sentir compris. L’expression et l’affirmation des émotions sont également des stratégies permettant généralement de prendre du recul face à ce qui est vécu et parfois de créer un sentiment de détachement face à nos pensées et nos émotions.

Prenons l’exemple d’un athlète qui se sent déprimé depuis les championnats canadiens et a du mal à se lever le matin pour aller à ses entraînements. Dans un premier scénario, l’athlète qui adopte une stratégie de lutte contre-productive pourrait réagir en se disant qu’il est lâche, peu motivé et que ça ne sert à rien de continuer. Cette réaction ferait probablement en sorte qu’il reste au lit ou encore, qu’il se rende à son entraînement sans pouvoir rendre les efforts espérés. S’en suivraient alors des pensées dévalorisantes et un sentiment de culpabilité qui auraient pour impact d’alimenter l’humeur morose de l’athlète. Dans un deuxième scénario, l’athlète qui adopte une stratégie d’acceptation pourrait reconnaître qu’il se sent fatigué et moins motivé pour aller s’entraîner depuis quelque temps. Il pourrait alors se questionner sur les raisons de cet état et en discuter avec son entraîneur ou une personne de confiance. L’athlète pourrait bénéficier d’un soutien pour gérer cette période (adaptation du plan d’entraînement, périodes de repos), tout en reconnaissant que c’est probablement normal et passager. Des stratégies pour gérer les pensées envahissantes pourraient également être travaillées avec l’athlète pour ne pas alimenter la culpabilité et les craintes associées à cette baisse de motivation.

Je reconnais que c’est plus facile à dire qu’à faire ! La culture de la performance dans laquelle évolue un athlète l’encourage à ne pas écouter son corps et valorise le mental toughness. Un athlète doit être fort, endurant, optimiste et il ne doit jamais se plaindre. La fréquence et l’intensité des entraînements et des compétitions ne sont pas déterminées par notre fatigue et notre motivation, mais par le plan d’entraînement. En conséquence, on est entraîné à s’entraîner et compétitionner, peu importe les conditions physiques et psychologiques. Ne pas écouter ses signaux physiques et psychologiques est une habitude bien difficile à se défaire, même de nombreuses années après que la carrière soit terminée.

Il faut donc travailler à défaire les idées préconçues et déjouer la culture du no pain no gain! C’est en parlant qu’on peut normaliser les expériences et s’apercevoir que plusieurs vivent des défis similaires. Pour terminer, le contexte sportif de haut niveau comporte des exigences particulières et véhicule des attentes pouvant rendre les athlètes particulièrement à risque de vivre des difficultés psychologiques. Si vous constatez des signes inquiétants (perte de poids importante, retrait social, persistance des symptômes), il est important d’aller chercher de l’aide.

Quelques ressources :
Sport’ aide : https://sportaide.ca/?gclid=Cj0KCQjwzunmBRDsARIsAGrt4mvZxv-6tDFxfFH-8tl0Uff7HrsNuIfRW_3eTJNp3oJUDKyg_aeBZ6waAgi_EALw_wcB
Centre canadien pour la santé mentale et le sport : https://www.ccmhs-ccsms.ca/

RÉFÉRENCES
Florio, J. & Shapiro, O. (2016). The Dark Side of Going for Gold. The Atlantic.
Hayes, S. & Lillis, J. (2012) Acceptance and Commitment Therapy : An overview of ACT’s main influences and its basic principles.
Howells, K. (2016). ‘Super-human’ athletes are at risk from the ‘post-Olympic blues’ – here’s why. The Conversation.
Howells, K., & Lucassen, M. (2018). ‘Post-Olympic blues’–The diminution of celebrity in Olympic athletes. Psychology of Sport and Exercise, 37, 67-78.
Pendleton, V. (2016). Winning gold is hard enough, but coping with the post-Olympics blues will be the greatest challenge for Team GB’s stars. The Telegraph.
Gardner, F. L., & Moore, Z. E. (2004). A mindfulness-acceptance-commitment-based approach to athletic performance enhancement: Theoretical considerations. Behavior therapy, 35(4), 707-723.