Les performances, les rythmes circadiens et le décalage horaire

Dans les sports d’élite, les voyages à travers le monde, à travers plusieurs fuseaux horaires sont une composante inévitable de la participation aux compétitions internationales. Au cours d’une saison, le sport professionnel impose des séjours intermittents à l’étranger; les compétitions internationales, telles que les Jeux olympiques, les Coupes du Monde et les Grands Prix, impliquent de nombreux athlètes provenant de divers pays, et donc de différents fuseaux horaires. Il a été noté que les vols rapides entre les fuseaux horaires ont entraîné une détérioration des performances sportives. Plusieurs variables inhérentes au voyage ont leur propre effet sur la performance athlétique, mais il est difficile de déterminer dans quelle mesure chacune contribue à une performance sous-optimale. Parmi les facteurs associés aux déplacements susceptibles d’influer sur la performance athlétique, mentionnons le décalage horaire et la perturbation du rythme circadien, l’altitude, les modifications du régime alimentaire et la privation de sommeil2.

Rythmes circadiens et les performances

Il a été avancé qu’il existait une rythmicité circadienne liée aux performances athlétiques2-3. Celles-ci incluent la force des jambes4-9, la force du dos10, les fléchisseurs du coude11, les tâches de saut12, les tâches aérobiques16-17 ainsi que la vitesse de sprint et l’effort anaérobique13-15. Des sports spécifiques tels que le soccer18, le cyclisme19-22 et la natation23 ont également démontré une rythmicité.

Établir l’existence d’un rythme oscillant quotidien de la performance athlétique est primordial. Si un rythme endogène de performance athlétique existe, on devrait s’attendre (1) à ce que la performance après un voyage sur plusieurs fuseaux horaires varie sur une période de 24 h affichant des fluctuations des performances24, (2) une détérioration du rythme de performance post-voyage suivi d’une resynchronisation lente25-26, (3) un effet plus nuisible du déplacement vers l’est contrairement à ceux vers l’ouest en raison des difficultés d’ajustement après l’avance de phase par rapport au retard de celle-ci et plus précisément (4) l’exécution d’une tâche sportive plusieurs heures avant ou après la «fenêtre» circadienne serait effectuée avec une efficacité sous-optimale27.

Décalage horaire et les performances

Des études antérieures ont montré que les symptômes combinés du décalage horaire contribuent à la détérioration de la performance sportive24, 28-30. Les études sur les performances de sport d’équipe ont montré une baisse de performance après un voyage à travers plusieurs fuseaux horaires. Dix années de données rétrospectives de la Ligue majeure de baseball (MLB) ont été analysées pour déterminer l’effet du voyage sur la performance sportive31. Les équipes ayant un avantage de 3 h ont un pourcentage de victoires de 60.6%, ce qui est plus puissant que l’avantage du terrain. Les performances les plus faibles se matérialisent lorsque les équipes s’affrontent dans la soirée après s’être déplacées vers l’ouest, de sorte que les matchs sont joués près du temps de sommeil des équipes visiteuses32. Selon une hypothèse distincte liée au rythme circadien et les performances, les équipes de la côte ouest devraient avoir un avantage sur les équipes de la côte est en fin de soirée33 parce que le jeu se produirait « plus tôt » selon l’horloge interne et plus proche de l’heure de la performance sportive maximale32. Il peut être avantageux d’adapter progressivement l’horloge corporelle interne avant les compétitions lorsqu’on prévoit un horaire de déplacement désavantageux (Est ou Ouest).

Adapter les rythmes circadiens

Lors des voyages, les athlètes n’ont pas souvent la possibilité de programmer leurs compétitions durant les heures optimales de performances et doivent plutôt s’adapter à un horaire prédéterminé. Par conséquent, il serait avantageux d’adapter les rythmes circadiens de sorte que l’événement planifié coïncide avec une fenêtre de performance maximale. Des études ont montré que la manipulation de la phase circadienne peut être efficace pour déplacer l’horloge corporelle interne et qu’il est plus facile d’essayer des changements graduels plutôt que de tenter une préadaptation rapide et de risquer de subir un décalage horaire avant le voyage30, 34-35. Adapter l’horloge corporelle interne 1h/jour est fortement recommandé34, 36-38.

La synchronisation, l’intensité et la longueur d’onde de la lumière fournissent des indices importants pour le déphasage du rythme circadien30. L’une des stratégies d’adaptation les plus simples consiste à temporiser l’exposition à la lumière pour retarder ou faire avancer l’horloge corporelle. Pour obtenir des retards de phase, les athlètes devraient rechercher une exposition à la lumière en début de soirée (selon l’heure du domicile) et éviter l’exposition dans la seconde moitié de la nuit et tôt le matin. Si l’on souhaite un avancement de phase, débuter l’exposition à la lumière tard le soir et tôt le matin (selon l’heure du domicile) est recommandé30, 35, 37, 39.

Recommandations pour diminuer les effets du décalage horaire sur les performances

1) Avant le voyage, déplacez l’horloge corporelle interne vers le nouveau fuseau horaire au moyen de changements progressifs de 1 h / jour dans la planification du sommeil.

2) L’avancement ou le retard de phase circadienne peut être facilité par des moments d’exposition à une lumière appropriée.

3) Privilégier l’exposition à une lumière naturelle par rapport à une lumière artificielle.

4) Évitez la caféine pendant le voyage, car ce stimulant peut interférer avec un sommeil réparateur et empêcher une adaptation efficace à un nouveau fuseau horaire.

5) De courtes siestes d’une trentaine de minutes peuvent aider à se remettre de la privation de sommeil et à rétablir un état d’éveil normal.

6) Consommer des liquides supplémentaires pendant la durée du transport aérien pour afin de lutter contre la déshydratation. Évitez l’alcool et la caféine, qui agissent comme un diurétique et peuvent ainsi augmenter les pertes de liquides.

Bonne lecture,

Jonathan Charest, candidat Ph.D.

École de psychologie

Faculté des sciences sociales

Jonathan.Charest.2@ulaval.ca

 

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