Quand restreindre son alimentation devient problématique

Par Catherine Laramée Dt.P., M.Sc., Nutritionniste, Professionnelle de recherche

Contexte général

Dans la littérature et dans la pratique, on remarque que plusieurs jeunes filles de niveau secondaires sont préoccupées par leur poids et leur image corporelle. Conséquemment, certaines d’entre elles ont l’intention d’utiliser divers comportements alimentaires malsains dans le but de perdre du poids ou de maintenir un poids anormalement bas tels que sauter des repas, suivre un régime à la mode, éliminer complètement un groupe alimentaire, éviter totalement certains aliments jugés engraissant, limiter de façon excessive la taille des portions, etc. Ce sont ce que l’on appelle des méthodes alimentaires restrictives. Les études suggèrent que les athlètes féminines pratiquant des sports à dominance esthétique où l’apparence ou le poids sont importants (gymnastique, nage synchronisée, patinage artistique, etc.) seraient plus à risque d’utiliser de telles méthodes.
Puisque l’alimentation restrictives constitue un facteur de risque important de développer un trouble alimentaire à plus long terme et puisque qu’une alimentation équilibrée et variée est nécessaire au cours de l’adolescence pour assurer une croissance et un développement optimal, pour favoriser la santé et pour permettre le développement du plein potentiel athlétique, il apparait important de diminuer l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives chez les jeunes sportives pratiquant des sports à dominance esthétique.

Les deux interventions à l’étude

Nous avons comparé deux interventions qui consistaient chacune en 3 ateliers d’une heure donnés par une nutritionniste.
Les jeunes filles des deux groupes (expérimental et témoin) ont reçu de l’information en nutrition. L’objectif était d’augmenter leurs connaissances générales en nutrition et spécifiques en nutrition sportive. Toutes les jeunes filles ont reçu le même contenu théorique. Les thèmes abordés étaient les suivants : les besoins énergétiques, les signaux de faim et de satiété, le rôle des macronutriments et leurs sources alimentaires, le modèle d’assiette équilibrée, l’alimentation avant, pendant et après les entrainements/compétitions et l’hydratation.
Lors des 3 rencontres, les jeunes filles du groupe expérimental ont reçu, en plus, une intervention visant à diminuer l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives dans le but de perdre du poids. Pour ce faire, différentes techniques issues de la psychologie sociale ont été utilisées pour cibler les principales croyances erronées à changer et les nouvelles croyances à introduire. Par exemple, les manipulations apportées aux images dans les médias ont été présentées. Les changements d’apparence qui se produisent à l’adolescence et le rôle de la génétique dans la détermination du poids naturel et de l’apparence ont aussi été expliqués. De plus, différents remue-méninges ont été effectués, dont un sur les normes sociales en matière de beauté féminine au Québec et sur les impacts liés au fait que la minceur soit autant valorisée, et un autre sur les désavantages des régimes faibles en glucides ou très faibles en lipides chez les adolescentes athlètes. Finalement, des images d’athlètes féminines pratiquant le même sport et ayant toutes un haut niveau de performance malgré qu’elles aient des silhouettes différentes ont été présentées.

Résultats sur les connaissances en nutrition

Les scores initiaux de connaissance en nutrition dans le groupe expérimental et témoin étaient plutôt faibles (60% et 50% de bonnes réponses, respectivement).
Après l’intervention, tel qu’attendu, les jeunes filles du groupe expérimental et du groupe témoin ont augmenté de façon significative et similaire leurs connaissances en nutrition (+7% et +10% de bonnes réponses, respectivement).
Lors du suivi effectué environ 3 mois plus tard, les jeunes filles des deux groupes avaient toujours de meilleures connaissances en nutrition comparativement aux valeurs de départ.

Tableau 1 : Changement moyen du score de connaissance en nutrition
  Valeurs de départ Changements comparativement aux valeurs de départ
En post-intervention Au suivi de 3 mois
Groupe expérimental 60% +7% +7%
Groupe Témoin 50% +10% +8%

Résultats sur l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives pour perdre du poids

L’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives n’était pas très prévalente au départ, et ce, dans les deux groupes.

Globalement, l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives a eu tendance à diminuer après l’intervention dans les deux groupes, mais ce changement n’était pas statistiquement significatif. La réduction apparente de l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives a été maintenue au cours des 3 mois de suivi dans le groupe expérimental, mais pas dans le groupe témoin.

Tableau 2 : Changement moyen de l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives dans le but de perdre du poids
  Valeurs de départ (score/6) Changements comparativement aux valeurs de départ (score/6)
En post-intervention Au suivi de 3 mois
Groupe expérimental 1,9 -0,2 -0,3
Groupe Témoin 2,0 -0,3 +0,4

Certains facteurs peuvent expliquer pourquoi nous n’avons pas observé de diminution statistiquement significative de l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives dans le groupe expérimental suite à l’intervention. Tout d’abord, puisque les jeunes filles avaient déjà, en moyenne, une faible intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives au départ, il est probable que les possibilités de diminuer cette intention suite à l’intervention étaient limitées. Une autre explication possible est la durée de l’intervention. Celle-ci était peut-être trop courte pour diminuer significativement l’intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives. Une intervention plus longue aurait pu favoriser de plus grands changements.

En conclusion

En conclusion, les 3 ateliers d’une heure ont permis d’augmenter les connaissances en nutrition dans les deux groupes. Aussi, l’intervention de changement de comportement donnée dans le groupe expérimental semble avoir eu un effet favorable à moyen terme pour maintenir une faible intention d’utiliser des méthodes alimentaires restrictives dans le but de perdre du poids chez les athlètes féminines de niveau secondaire. D’autres études avec plus de sujets et sur une plus longue durée sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Référence :

Laramée C, Drapeau V, Valois P, et al. Evaluation of a Theory-Based Intervention Aimed at Reducing Intention to Use Restrictive Dietary Behaviors Among Adolescent Female Athletes. J Nutr Educ Behav. 2017;49:497-504.